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Vin georgien

A la Découverte du Vin Géorgien

Pour un amoureux du vin, s’aventurer en terre géorgienne, c’est un peu comme un fan de Hip Hop au Bronx, y a un truc qui se passe. Les atomes du corps vibrent. C’est le frisson de savoir que tout a commencé ici. Le frisson de savoir qu’il y a 8 000 ans, un type a domestiqué une liane sauvage pour en récolter le fruit, le fermenter puis le boire. Et oui… le premier homme ivre au vin sur terre était géorgien. Y avait-il de la souris ? De la volatile ? A-t-il aussi inventé le zouk juste après ? Des questions qui resteront sans réponses… Pourtant, même sans Instagram pour immortaliser le moment, on devine ce qu’il a du ressentir à l’époque… mais se doutait-il qu’il serait à l’origine d’une pratique culturelle qui allait désinhiber le monde ? Car depuis, l’humanité a fait du vin : plusieurs Dieux, une source d’inspiration artistique, un compagnon hédoniste, un moyen de distinction sociale, une économie, de la politique, un art de vivre…

vin georgien

« Ici, tout le monde à un grand-père ou un oncle qui fait son propre vin. Un Kvevri enterré dans le fond du jardin qu’on boit au quotidien ou qu’on garde pour les grandes occasions quand il est très bon… »

La Géorgie, Berceau du Vin

A peine débarqué en Géorgie, il faut prendre un taxi ou un minibus local pour rejoindre la ville. Le portrait d’un Saint est accroché au rétroviseur, annonçant la conduite… A travers la vitre, on devine vite que la Géorgie n’est pas dans le G20… mais il y a de la beauté dans ces bâtiments effrités, ces bouts de tôles et ces fils électriques s’entremêlant. On devine vite aussi que la Géorgie est le berceau de la viticulture. Les Qvevris (amphores) de toutes tailles s’empilent sur le bord des routes. En ville, à chaque coin de rue, des marchands de fortune vendent du vin dans des bouteilles en plastique Coca-Cola ou Fanta, selon sa préférence… En campagne, il est plus facile pour un touriste d’en acheter que de trouver à manger. L’alphabet du pays n’aide pas… Ici, tout le monde à un grand-père ou un oncle qui fait son propre vin géorgien. Un Kvevri enterré dans le fond du jardin qu’on boit au quotidien ou qu’on garde pour les grandes occasions quand il est très bon. Le chauffeur de taxi affirme que son pinard est le meilleur, pareil pour le vendeur de cigarettes. C’est la loterie. Des trucs bons, voir surprenant, mais pas mal de vinaigres aussi…

Ici, un peu comme tout le reste, ils font du vin le plus simplement possible. Ils n’aiment pas trop s’emmerder la vie. Ils mettent du raisin dans des Kvevris, puis ils laissent le jus, la peau et les rafles macérer pendant des mois. En Kakhétie, la plus grosse région viticole, ils font pareil avec les raisins blancs. Ce sont eux qui ont inventé le vin orange. Enfin, « vin ambré » comme ils disent plutôt ici.
Avec le marc de raisin, ils font du Chacha. Un alcool blanc avec pas mal de degrés… réchauffant l’âme de certains Géorgiens stoïques. « Si on souriait pendant la guerre froide, c’était louche… » me confie un vieux vigneron du coin, en me resservant un verre de Chacha à 11h du matin. Il m’explique aussi que pendant cette période, il n’y avait plus vraiment de vin en Qvevri et de production artisanale, mais des grandes cuves et des plans quinquennaux. Tout s’est industrialisé. Il fallait répondre à la soif de tous les pays communistes et que tout le monde boive le même vin. Peu de qualité, beaucoup de quantité… Faut pas trop leur parler des Russes. C’est toujours délicat, ils ne sont qu’à quelques kilomètres de Tbilisi. Mais bon, pas mal de locaux sont quand même vachement fiers que Staline soit né ici. On me montre du doigt un bâtiment place de la liberté à Tbilisi, c’est ici que l’enfant du pays a braqué la banque d’Etat pour financer la révolution bolchévik, me dit-on sourire en coin.

Après l’indépendance, certains vignerons Géorgiens font à nouveau du vin comme les anciens. Dans des Qvevris enterrées dans leur Marani (Chai géorgien), ou bien à l’extérieur. Une production réservée souvent à sa propre consommation. Hors industrie, Iago Bitarishvili est l’un des premiers à faire du vin artisanal, sans intrants, et à le commercialiser dans des bouteilles en verre. Un original à l’époque, car personne ne s’intéresse vraiment à la production vinicole du pays.
Avec l’embargo de la Russie sur les vins géorgiens en 2006 (qui durera 7 ans), les gros domaines industriels vont essayer de se tourner vers d’autres débouchés… Sans grand succès, le marché russe représente toujours aujourd’hui entre 70 et 80 % de leurs ventes… Mais avec l’émergence du mouvement des vins naturels et du vin orange, le monde s’intéresse de plus en plus aux pinards sans cochonneries du coin, cherchant ici, une sorte de pureté, d’authenticité et de simplicité perdues… La Géorgie en profite pour renouer petit à petit avec ses traditions viticoles. Un groupe de vignerons nature s’affirme et s’accroit. Les sommeliers du monde affluent. Les vins nature géorgiens se vendent très bien. L’histoire est belle.

Vino underground

« On se sent comme le premier homme qui a bu du vin sur Terre… naïf et enivré… »

Le Vin Nature Géorgien

Dans la capitale, au milieu des bâtiments soviétiques abandonnés que la nouvelle génération se réapproprie, les bars à vins nature poussent. Les bars à hispters et les clubs aussi. Y a de quoi s’enivrer… Dans la même rue se côtoient un passé communiste figé et le souffle d’une jeunesse fêtarde, branchée, avide de changement. L’impression que tout est à reconstruire, que tout est possible peint ce paysage contrasté. Les amateurs de Techno affirment même que Tbilissi est le nouveau Berlin. Avec plus de 500 cépages locaux, une variété des sols et des climats, une tradition vinicole et des vins uniques, je murmurerais que la Géorgie pourrait être la nouvelle Bourgogne…

Pour goûter les rockstars des vins nature du coin, une adresse est à retenir : Vino underground. Le premier bar à vin nature de la ville. Un lieu associatif créé par tous les vignerons pionniers et un peu fous de la Géorgie. Quand on arrive au 15 Galaktion Tabidze, un proverbe français est écrit à l’entrée : « On distingue dans l’eau son propre visage mais dans le vin on aperçoit le cœur d’un autre ». La porte franchie, il faut descendre les escaliers plongeant dans une cave voutée. Y a des centaines de bouteilles aux étiquettes intrigantes, des vignerons de passage en ville, des amateurs du monde entier en pèlerinage, des affiches pro vin nature et du rock pour l’ambiance.
Pour une poignée de lari, on peut déguster du Gogo wine, du Iago’s wine, du Lapati wine, du Pheasant’s tears… Des noms s’invitant de plus en plus sur les lèvres des experts de la planète pinard. Dans ces flacons de verre, tout est généralement maitrisé, droit et surprenant. Ici, peu de place à la loterie. Y a des arômes inconnus que renferment les cépages et le sol géorgiens, la typicité des kvevris enterrés depuis des milliers d’années donnant une matière en bouche particulière, et l’énergie universelle des vins vivants. Pour notre arrogance patriotique française naturelle, c’est une belle leçon d’humilité. Chaque gorgée de ces vins géorgiens est la promesse d’un voyage culturel, de tradition et de liberté… Face à ces vins vivants aux émotions et sensations nouvelles, on retrouve l’innocence des premières dégustations, affranchi de tout repère et préjugé. On se sent comme le premier homme qui a bu du vin sur Terre… naïf et enivré.

salon du vin nature Zero Compromise

« Mais « comment ne pas être juste un effet de mode ? » s’inquiète un vigneron du coin… »

La Mode du Vin Nature Géorgien à l’Étranger

Le vin géorgien est à la mode. Pas de doute. Il suffit de se pointer au salon du vin nature Zero Compromise pour en être sûr. Si les premières éditions se résumaient à une poignée d’hurluberlus réunis au Gvino Undergroud, aujourd’hui, l’événement rassemble les critiques, les amateurs, et les importateurs du monde entier. La crème de la crème de ce mouvement, lâchant à chaque verre dégusté un « oh my god ! »… Le nombre d’exposants a aussi explosé. Sur les étagères des bars et des restaurants, des nouveaux noms émergent dorénavant tous les mois. Malgré l’entrainement, c’est dur de suivre… Faire du vin nature en Géorgie n’est plus un truc de vieil hippie sans dent ou de paysan n’ayant jamais allumé d’ordinateur, ça peut rapporter gros. Et comme partout, on trouve des opportunistes et des convaincus attachés à leurs traditions…

Mais « comment ne pas que le vin géorgien soit juste un effet de mode ? » s’inquiète un vigneron du coin. Comme pas mal de ses confrères, il exporte 90% de sa production aux États-Unis, au Japon, en Europe, en Australie et même en Chine depuis peu. Que fera-t-il si tous les soiffards de ces pays trouvent une nouvelle tendance pour dépenser leur argent ? Se tourner vers le marché local ? Même si le Géorgien a le lever de coude facile, ici, il faut être passionné, pas trop pauvre, ou étranger pour s’offrir du vin nature. En cave, la bouteille coûte, en moyenne, entre 40 et 50 lari. Et la paye d’un serveur est de 800-900 lari…

vigne kakhetie

« Comment ne pas produire des vins trop puissants et exubérants dans des plaines à la terre riche, en voie de désertification et sans ombre ? »

Les Problématiques du Vin Georgien

Comment donc faire pour que le sang du christ orthodoxe continue de couler dans les verres de l’hémisphère nord ? « Il va falloir relever le niveau » affirment certains protagonistes.
En trainant un peu ici, à force d’écumer les rades, de porter des toasts aux morts et à la paix avec les vignerons en écoutant des chants polyphoniques, au bout d’un moment, l’ivresse des premières gorgées se dissipe… Moins naïf, certains arômes nouveaux et étonnants deviennent des défauts. On se rend compte qu’un Qvevri ne devrait pas donner de goût, mais seulement une certaine texture. Que parfois les macérations pelliculaires des blancs harmonisent les jus, effaçant l’effet terroir. Qu’ils peuvent aussi manquer d’acidité et de complexité… Bref, l’histoire romantique du vin géorgien, sa culture et son originalité surprenante des débuts, ne suffisent plus…

Depuis toujours, la Géorgie est un pays instable. Envahi par tous ceux qui sont passés par là. Autour, pas mal se font la guerre, ou se détestent. L’insécurité du lendemain a rendu ce peuple hédoniste. Avec ses bons et ses mauvais côtés. Ici, si l’on a une bête, on la mange. Si l’on a du fric, on le dépense. Si l’on a du vin on le boit. On ne le garde pas pour voir comment il évolue, on ne sait jamais ce qu’il va se passer…
Contrairement à l’Europe et l’héritage précieux de ses moines, peu ont étudié les sols pour rechercher la typicité d’un terroir et transmettre ce savoir sur des générations. Ils avaient d’autres trucs à penser… Quand les Russes ont débarqué, ils ont foutu des vignes dans toutes les plaines, sur des terres riches afin de produire en grosse quantité. Pour une question de praticité aussi. Pas pour la qualité. En Europe, on a planté les vignes sur des coteaux, car, contrairement aux céréales et aux légumes, elles peuvent se démerder sur des terres pauvres, et donner ainsi des vins plus frais et élégants. La vigne doit toujours un peu galérer pour sublimer son fruit. En Géorgie, avec l’interdépendance des pays communistes, ils n’avaient pratiquement pas besoin de produire autre chose. Les autres pays s’en chargeaient. Aujourd’hui, dans ses vignobles, en plus du terroir, se pose la question du réchauffement climatique. Comment ne pas produire des vins exubérants et trop puissants dans des plaines à la terre riche, en voie de désertification et sans ombre ?

Vient aussi la question de la discipline. Pour faire chaque année du vin nature de qualité homogène, cela demande une certaine rigueur. Ça se joue souvent dans les petits détails. Sans en faire une vérité absolue, le charme géorgien, où tout se fait un peu à l’arrache, peu impacter la régularité des millésimes. Encore trop de vignerons croisés (pas tous bien sûr !) font du vin en manquant de rigueur, et ça se ressent souvent dans les jus… Sans perdre son identité et sa singularité, pour s’installer définitivement sur les tables du monde entier, la nouvelle génération, qui a de l’or liquide dans les mains, va devoir être plus précise que l’ancienne.
Elle va être obligée aussi d’affiner sa capacité de dégustation. Ici, la culture de la sommellerie n’est qu’à son début. Ce n’était pas trop l’esprit URSS de se pignoler sur les arômes du vin… Mais même si le goût est bien évidemment culturel et personnel, il y a des défauts, des équilibres, des perceptions sur lesquels on doit être tous d’accord…


Où Acheter du Vin Géorgien ?

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Acheter en Ville

Pour acheter du vin géorgien, il suffit généralement de se rendre chez le caviste nature de votre ville. Il aura normalement au moins quelques grands noms à vous proposer.

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Acheter du Vin Géorgien sur Internet

Vous pouvez aussi acheter des Vins géorgiens en ligne, nous vous recommandons pour cela, les 3 caves suivantes sur lesquelles vous trouverez une très belle sélection de vins naturels géorgiens :

Pour les Professionnels

👉 Si vous êtes un professionnel, vous pouvez demander à Thierry Puzelat (Domaine Clos du tue boeuf). En plus de faire de bons vins, il importe des vins géorgiens (et du monde entier). Tombé amoureux de la culture et des pinards du coin, c’est pas mal grâce à lui qu’on peut en trouver chez nos cavistes et restaurateurs français.


Comment en savoir plus sur le Vin Géorgien ?

Skin Contact : Voyages aux origines du vin nu - Alice Feiring

Pour en savoir plus sur les vins géorgiens, on vous conseille de lire le livre d’Alice Feiring – Skin Contact : Voyages aux origines du vin nu. Célèbre journaliste-autrice américaine passionnée de vin, elle a passé pas mal de temps en Géorgie. Dans ce bouquin, elle nous embarque avec elle dans ses bagages !

@Merlin