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enfant yunnan thé puerh à guafengzhai

Rencontre avec le Pu erh (épisode 1)

« Je vois les montagnes, les chemins en terre battue, les cochons dans les villages. L’odeur de la vie. Le bruit des poules. La brume du matin. Le sol souple des forêts. Les villages mixés de traditions, de bidonvilles et de maisons neuves sans âme. Ce village du bout du monde à la frontière Laotienne. Arrivé là après 4 heures de pistes escarpées à moto. La montagne d’un côté, le précipice de l’autre. Et ma mère assise derrière, ayant beaucoup trop confiance en ma conduite alors que la moindre erreur pouvait nous couter la vie… »

Première rencontre

Tea time et génération Scarface

Quand j’avais quinze ans j’invitais mes amis à venir boire le thé dans ma chambre. En y repensant ça devait être pas mal drôle à voir. Trois ados se prenant pour des voyous à grande éthique en train de boire, torse nu, un lapsang soochong fumé. Nous étions très fiers de revendiquer que nous buvions le thé sans sucre, comme de fins connaisseurs. Et bien sûr, pas du thé en sachet.

Ma première gorgée de Pu erh

Plus tard à la fac avec mes amis chinois j’ai commencé à goûter quelques thés relativement prestigieux. Mais un seul me marque vraiment : le Pu erh. Nous sommes en 2013, et une amie de Macau me partage un sachet de tuocha (Puerh fermenté) compressé en petit cube de la taille d’un gros dé, envoyé par sa mère. Ce Puerh shou était assez banal mais il représentait pour moi quelque chose de tout à fait nouveau et unique en son genre. Ce jour-là, je fus marqué au Pu erh. Une histoire d’amour pleine d’excès et empreinte d’une passion dévorante s’annonçait. Je me faisais des grands thermos que je descendais à la bibliothèque, trop heureux d’avoir découvert une nouvelle addiction qui soit plutôt bonne pour la santé.

Le fameux tuocha de mon amie

L’autre, le thé et moi

Penser qu’un même cru puisse marquer beaucoup de personnes différentes me réjouit. L’histoire banale d’une rencontre avec le thé qui se répète de manière unique pour chacun. Des feuilles qui provoquent des réactions et des sensations différentes pour finalement rassembler tout le monde autour d’une tasse. Pour moi, c’est ça l’histoire du thé, du Pu erh, c’est l’histoire d’humains qui se rassemblent en s’asseyant autour de trois feuilles et d’un peu d’eau chaude. Au-delà des rites et de toute l’analyse de dégustation, il ne reste qu’un partage et des sensations personnelles. L’autre et le moi. Le thé faisant le lien.

Quelques mois plus tard, avant de partir en Chine pour mes études de chinois, j’ai eu la chance de rencontrer Aude et Dominique qui participaient déjà depuis un moment à faire connaître le Puerh et sa culture en France. Je me souviens encore très bien en entrant dans leur atelier, admirer des photos de ces arbres somptueux, des poteries à thé d’une grande finesse. Et surtout de la table à thé immense faite à partir d’une souche d’arbre sur laquelle Aude m’avait servi mon premier Puerh sheng de l’année (dit primeur). Un type de Puerh plus incisif, frais, taquin et riche. Une nouvelle claque qui m’ouvrait encore plus de chemins à explorer.

La mémoire

Là-bas au milieu des montagnes

Xishuangbanna, région d’Yiwu


Chaque Pu erh non-industriel porte le sceau de l’arbre ou des arbres sur lesquels ses feuilles ont été recueillies. Chacun est unique. Exprimant sa singularité au travers de ses arômes et de son énergie. Infuser en Puerh, c’est aussi entrer en connexion avec tout l’environnement dont il est issu.
Une tasse de Pu erh peut me transporter à des milliers de kilomètres. C’est comme des retrouvailles intimes. Je me rappelle des paysages du Yunnan (雲南), des sons et de nombreux visages. Je vois les montagnes, les chemins en terre battue, les cochons dans les villages. L’odeur de la vie. Le bruit des poules. La brume du matin. Le sol souple des forêts. Les villages mixés de traditions, de bidonvilles et de maisons neuves sans âme. Ce village du bout du monde à la frontière Laotienne. Arrivé là après 4 heures de pistes escarpées à moto. La montagne d’un côté, le précipice de l’autre. Et ma mère assise derrière, ayant beaucoup trop confiance en ma conduite alors que la moindre erreur pouvait nous couter la vie… 

Là un pick up au loin d’où quelques gars déchargent un canapé tout neuf qui viendra surement se poser sagement en face d’une télé toute aussi fraîchement acquise et tout aussi en décalage avec la boue qui l’entoure. Ces enfants qui viennent d’acheter quelques friandises et qui courent avec les jambes pleines de joie.

Cette mamie si souriante qui semble sortie d’une autre époque un totale ovni. Je la vois qui s’approche de moi je suis tellement hypnotisé et avide de prendre la photo de ma vie que mon doigt fait n’importe quoi et je n’arrive pas à faire la mise au point. Au moins la meilleure photo de ma vie n’est peut-être pas encore prise. En revanche, cela reste un des moments les plus magiques et mystérieux de ma vie.

A Guafengzhai, la mamie, les enfants et le village.

Je garde précieusement tous ces souvenirs qui me rappellent d’où viennent ces feuilles de thé, leur parcours et leurs histoires, étroitement liées à celles de femmes et d’hommes qui depuis des siècles chérissent ces arbres et la nature environnante.

Oui, les Pu erh dont je parle, ne proviennent pas d’arbustes buissons gonflés à l’engrais et salis à la chimie, mais bel et bien de mastodontes de la nature, de grands arbres multicentenaires qui ont vu plusieurs générations s’agiter à leurs pieds, des enfants devenir vieillards qui eux-mêmes ont laissé la place à d’autres enfants. Ces théiers sont les témoins d’une relation intime entre l’homme et la nature. Pour ceux qui ont survécu du moins. Car malheureusement beaucoup d’entre eux ont aussi été coupés pour être remplacés par des champs de caoutchouc, de bananes ou autres aberrations de l’économie moderne.

A suivre….

A mes frères et sœurs de thé