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Ivresse vin

Dégustation, émotion & ivresse du vin

Billet d’humeur sur la dégustation du vin…

Dégustation vin

Relativisme

Que l’on boive cul sec un vin de supermarché dans un verre à moutarde, un rosé filtré au charbon avec deux glaçons au bord d’une piscine, un grand Bourgogne dans un verre Zalto, ou un Côtes du Rhône en famille, l’important est l’émotion. Dans ce domaine, pas de hiérarchie. C’est comme pour le sexe, la finalité étant le plaisir, on ne juge pas les pratiques. Et en étant un peu curieux, on pourrait être surpris de ce que l’on kiffe…

Tout professionnel du vin affirmera que chaque vin doit simplement être bu dans les bonnes conditions. Il insistera sur les « bonnes conditions », car tout professionnel du vin à un traumatisme lié à ses débuts dans le métier. Celui d’avoir économisé pour ramener une bouteille d’exception à ses proches néophytes. Débordant de passion, il espérait partager un moment de grâce avec eux, voire de les évangéliser secrètement. La réalité fut rude à la vue de ces sauvages siphonnant la bouteille entre deux discussions sur l’actualité. Il s’est senti souillé. Pire, qu’ils ne respectaient pas la sainte trinité du vin, de la vigne et du vigneron. Offensé, il n’a pu lui-même apprécier le vin à sa juste valeur, se ressassant le prix de la bouteille… Puis résigné à l’idée que les grands vins doivent être bus par des gens de bon goût, le repas d’après, il y avait du Bordeaux boisé sur la table… La question légitime qui se pose, est de savoir si l’on peut boire une œuvre d’art dans n’importe quelle condition et avec n’importe qui ? La réponse dépend surement de l’épaisseur de son portefeuille…

Déguster un vin

Le seul postulat qui semble échapper au relativisme des émotions et de son compte en banque, c’est que pour comprendre un vin, pour savoir ce qu’il a dans le bide, il faut le boire avec une intention particulière, être prêt à l’accueillir. Et l’art de la dégustation, comme elle est enseignée dans les écoles de sommellerie, est un bon moyen d’analyser un vin par étapes (Oeil, 1er nez, 2ème nez, en bouche, 3ème nez). Quand on débute, un vin comporte tellement d’informations que si l’on ne suit pas une feuille de route cadrée, on peut vite se retrouver submergé. Organiser ses sensations, comprendre d’où vient (ou pas) l’équilibre, dégrossir les arômes pour ensuite en percevoir les plus subtiles… est nécessaire pour affiner sa capacité de dégustation. Mais si cela constitue une base indispensable, il faut savoir la dépasser.

Bien sûr, la culture d’origine influe sur la perception du goût et la manière de déguster. L’approche dominante anglo-saxonne tend à une dégustation plus analytique, ‘objective’, et disons le plutôt chiante. Tandis que la France s’attache à un côté plus romantique, décrivant le vin comme si c’était un pote. Un Anglais dira d’un vin qu’il a une « acidité ++ », un Français qu’il est « nerveux ». Mais des deux côtés de la Manche, la dégustation, comme elle est enseignée, reste superficielle, n’abordant que peu l’essence même du vin.
On ne boit pas un Chardonnay de chez Julien Labet pour l’analyser mais pour l’émotion qu’il transmet, son énergie, et surtout son ivresse. L’analyse n’est qu’un outil, pas une finalité. On ne contemple pas un tableau de grand maitre pour l’équilibre des formes, l’harmonie des couleurs, mais par ce que ça nous remue un truc dans le bide…
Est-ce par pudeur, ou par peur depuis que la loi Evin à fait du vin la cause de l’alcoolisme en France, que les professionnels n’osent prononcer les mots plaisir, énergie et ivresse ? Peut-être parce que ces critères sont subjectifs et qu’on essaye d’analyser en toute neutralité une relation personnelle entre soi, le vin et le contexte ? Ou parce que les vins dits « conventionnels » se vendraient moins ?

L’exercice le plus difficile lorsqu’on veut comprendre un vin, c’est qu’en amont, il faut adopter une posture candide. Etre comme le premier homme ayant bu du raisin fermenté, affranchi de tout préjugés pouvant influencer sa perception. Inconsciemment, s’il déguste un Sauvignon, l’expert va empiriquement rechercher des arômes de buis, de cassis, d’agrumes. C’est un biais à ne pas négliger. Se débarrasser de ses préjugés permet de sonder honnêtement l’âme du vin, d’en saisir l’essence, et non d’interpréter ce qu’il est supposé être.
Ensuite, avant de l’analyser en plusieurs étapes, il faut en boire une gorgée sans réfléchir. Ne pas intellectualiser le premier contact. Etre simplement dans le ressenti, se poser instinctivement la question si ce vin nous plaît, si l’on a envie de s’en resservir, si notre poitrine lui convient. Cela en dit déjà énormément sur le vin…
Puis viens l’analyse (Oeil, 1er nez, 2ème nez, en bouche, 3ème nez), déterminant les arômes, l’équilibre des saveurs, la matière, la longueur en bouche, etc. On en déduit, avec raison, la complexité d’un vin et son profil. Les professionnels de la dégustation affirment qu’il n’y a pas besoin de boire un vin pour l’analyser. En effet le humer et le porter en bouche suffit pour en esquisser le portrait. C’est scientifique, les papilles gustatives présentes sur la langue perçoivent les saveurs, et le nez les arômes. Mais un vin se résume-t-il à cela ? Qu’en est-il de l’énergie et de son ivresse ?

Ivresse & énergie du vin

Si l’énergie d’un vin peut maintenant être prouvé scientifiquement (voir notre article), les plus sceptiques ne peuvent donc plus balayer d’un air hautain cette dimension. Et oui… comme toute chose vivante sur terre, le vin à une vibration énergétique. Difficile à décrire, puis que ce n’est ni un arôme ni une saveur, l’énergie est un ressenti, une impression de pureté, de concentré de vie coulant dans la gorge. La différence entre un vin vivant et conventionnel, est la même qu’avec une tomate de supermarché et celle cueillie dans son jardin. Ce n’est presque pas le même produit… Et l’équilibre, la complexité d’un vin n’est rien s’il n’y a pas ce truc en plus, ce souffle de vie vibrant dans notre corps. De manière empirique, je dirais que pour capter cette énergie, pour que sa vibration percute nos cellules, il faut le boire, l’accueillir, ne pas juste le porter en bouche. C’est une fois la gorge franchie que notre corps devient un récepteur à énergie. Et de cette alchimie en émane l’ivresse…

L’ivresse du vin n’est pas « l’intoxication produite par l’alcool et causant des perturbations dans l’adaptation nerveuse et la coordination motrice » mais « un état d’exaltation ». On ne connait pas l’ivresse en buvant sans modération mais en dégustant un vin vivant avec une intention particulière. C’est boire moins mais mieux.
On peut la ressentir avec le vin, mais aussi le thé, la poésie, le foot… Bref, dans tout ce qui nous fait vibrer. L’ivresse, c’est ce qui relie l’invisible au visible, la matière à l’esprit. Un phénomène qu’on ne peut réduire à une explication scientifique. On peut analyser l’ivresse d’un poème par une combinaison mathématique de mots ou par la libération de dopamine dans le cerveau. Mais c’est bien plus que ça. C’est un truc impalpable.
A l’image de la vigne puisant l’eau avec ses racines et captant l’énergie du soleil avec ses feuilles, l’ivresse est quelque chose qui nous touche viscéralement, mais aussi universellement. C’est partager avec le monde un ressenti qui nous émeut profondément. C’est le liant entre le corps et l’esprit, notre soi intérieur et l’univers. L’ivresse est ce qui a fait du vin, depuis les premières civilisations, une boisson noble relié aux Dieux…

@Merlin