6 bouteilles (et thé) = LIVRAISON GRATUITE !

Chai urbain, faire du vin en ville…

Vous marchez dans la rue, un bâtiment est en rénovation. Quelques semaines plus tard, le crépi n’est toujours pas fini, mais il y a des cuves, des tuyaux, un comptoir, et deux types souriant avec des chemises à fleurs vous vendent du vin vinifié sur place. Du vin fait en ville… je n’aurais jamais eu l’idée… Cela s’appelle un chai urbain. Le nom est accrocheur. Ça pousse dans toutes les villes : Bordeaux, Marseille, Paris, Lyon, Saint Etienne… Un phénomène qui a commencé aux Etats-Unis dans les années 2000 puis au Japon, en Europe avec Londres, Bruxelles et maintenant en France.
Une astuce plutôt intelligente pour les citadins voulant faire du vin sans abandonner le bouillonnement de la ville, ne souhaitant pas salir leurs Vans dans la boue, et proposer au consommateur un produit en circuit court. En tant que néo bobo, le concept me plait bien. Intriguant, innovant, l’anecdote est originale à raconter lorsqu’on sort une bouteille pour l’apéro faite à deux rues d’ici.
Mais en tant que fils de vigneron nature dont j’aide à la vinification chaque année, je suis plutôt sceptique… Mes déterminismes d’enfant de la vigne me font réfléchir sur 3 aspects :

Peinture bar parisien

Les levures dans le vin

Pour faire du bon vin il faut des bonnes levures indigènes. C’est la base… Les levures ce sont ces trucs un peu magiques qui transforment le sucre en alcool. Mais c’est aussi ce qui révèle l’arôme du vin. A la base inodore dans le raisin, les molécules qui vont donner les arômes du vin se manifestent grâce aux levures qui modifient leurs structures pendant la fermentation. Sans elles, pas d’alcool ni d’arômes… Merci les levures !
Depuis Pasteur, on sait que les levures sont des champignons unicellulaires. Y en a pas mal sur la peau des raisins mais aussi dans l’air. En gros, y en a partout… Et chaque lieu possède ses propres levures.

Lors de la vinif’, il y a donc principalement 3 souches de levures qui rentre en jeu : celle du vignoble et du raisin, celle du chai ayant développé ses propres levures au fil des années et des vinifications, et celle de l’air ambiant.
Si ce trio me semble harmonieux et cohérent pour un vin vinifié sur place avec l’air de la campagne, je suis sceptique concernant la ville. Sachant que toutes ne sont pas bonnes pour la fermentation du vin, je suis curieux de savoir quels types de levures se développent dans un chai urbain au milieu de la pollution, du béton et de la pisse de mec bourré… ? Je n’ai pas la réponse, seulement un pressentiment…

L’acheminement du raisin

Ramener des tonnes de raisin en ville, c’est galère… Et pour faire du bon vin, il faut du raisin frais sinon sa qualité se dégrade. C’est pour cette raison que l’on vendange tôt le matin ou même parfois la nuit.
Évident, poussant mal sur le béton, un chai urbain ne possède pas de vignes à proximité. La plupart utilisent donc des transports frigorifiés pour acheminer les raisins en ville. Un bon moyen de limiter la dégradation mais qui ne remplacera jamais la qualité d’un raisin vinifié directement au domaine.
Les chais urbains ne sont pas les seuls à faire face à ce problème de logistique. De nombreux vignerons ayant subi les caprices de la météo, ou par simple envie d’expérimentation, achètent du raisin qu’ils vinifient eux-même (Jean-François Ganevat, Jean-Philippe Padié, etc.). Et soyons honnêtes, ces cuvées sont très souvent leurs entrées de gammes… C’est bien sûr possible de produire un vin de qualité avec de l’achat de raisin (La Sorga, Nicolas Vauthier, Athénais de béru, etc.), mais si on additionne les facteurs problématiques, ça devient plus compliqué…

L’énergie du lieu

Dans l’article « L’énergie dans le vin, nous ne sommes pas si fous ! » (que je vous invite à lire pour prendre un petit cours de physique, ça ne fait pas de mal…), j’explique comment Olivier Salières, scientifique pressenti pour le futur prix Nobel du pinard, arrive à mesurer l’énergie d’un vin en isolant les électrons et les photons. Il m’expliquait au téléphone que l’énergie du lieu a évidemment une influence sur celle du vin. Et pour qu’il y ait une haute valeur énergétique il faut que les photons (qui sont de la lumière et de l’énergie pure) et les électrons (qui sont un catalyseur et distributeur de cette énergie) puisse interagir sans être stressés. Et qu’est ce qui peut perturber cette interaction ? Tout ce qui n’est pas naturel : les produits chimiques, le béton, les lignes haute tension, la pollution, le bruit, etc. C’est donc évident qu’un chai à la campagne transmet beaucoup plus d’énergie qu’un chai en ville. Le vin est comme nous, vivant. Il préfère humer des fleurs que des pots d’échappements. Sachant aussi qu’Olivier Salières a trouvé une corrélation entre les vins ayant une forte valeur énergétique, ceux issus d’un grand terroir et le plaisir qu’on prend à les boire, ça se complique pour les vins vinifié en ville…

In vino veritas

Malgré ces préjugés, pour se faire une idée véritable, pour savoir ce qu’un vin a dans le bide, il faut le déguster ! Pas de problème… Curieux et déterminé, j’ai lors de mes voyages en France et à l’étranger goûté un maximum de vins provenant de chais urbains (dont certains sur plusieurs millésimes). Voilà ce qui en ressort :
Ben… Beaucoup d’entre eux ne sont pas équilibrés et ont des défauts notoires. Ce n’est évidemment pas le monopole des vins de ville, mais la proportion est très importante… Pour les plus agréables, ce sont des vins sans défauts, plutôt équilibrés, mais souvent un peu insipide et aqueux. Des vins de soif, sans grand intérêt et avec une fin de bouche qui retombe vite…

Ce n’est qu’un avis, loin de moi l’idée de leur faire une mauvaise pub. Tous les responsables de chai urbain que j’ai rencontrés ont une démarche sincère et sont plutôt sympathiques. Nous n’avons simplement pas la même vision du vin. D’ailleurs, je ne pense pas que ces vins s’adressent aux gens comme moi… Mais à un public moins chiant, a qui une histoire bien racontée suffit, et qui prendra du plaisir à boire, sans prise de tête, un vin fait en bas de chez lui.
Je ne demande bien sûr qu’à être surpris, qu’à être contredit. C’est pourquoi je continuerai à déguster, avec le moins de préjugés possible, les vins vinifiés en ville espérant trouver la perle rare. Promis !

@Merlin